C’est du vent

Il est des journées pleines de coïncidences. Où des évènements à priori indépendants finissent par sembler se répondre les uns aux autres. Prenez ce dimanche 29 mars où l’on se réveille avec déjà l’impression d’être floué. Ce n’est pas l’heure de l’été. On s’attend à une longue saga médiatique sur un contrôle budgétaire qui, selon les prévisions, devrait entrainer de sérieuses bourrasques au sein du gouvernement Michel. Un crash pour en remplacer un autre sur les écrans télé ?

La tempête, ce sont les sympathisants de « Tout Autre chose » et de « Hart boven Hard » qui l’ont affrontée dans les rues de Bruxelles. Quand vingt mille personnes se mouillaient contre l’austérité et pour une autre politique sociale et économique, la coalition suédoise prenait, vite fait, mal fait, quelques mesures d’ajustement qui ne feront pas de vagues. Un budget indolore, assure Charles Michel. « Sans impact social négatif », précise le président du MR Olivier Chastel. Et dans la plupart des médias, une seule conclusion apparaissait sur les sites lundi : le budget est bouclé, il n’y aura pas de taxe nouvelle. C’est tout ? C’est l’essentiel en tout cas. D’ailleurs, il ne s’agissait que d’un « ajustement », un arrangement, un habillage quoi !

Certains journalistes, certains experts sont-ils à ce point contaminés par l’idéologie libérale qu’ils considèrent que l’absence de taxes ou d’impôts est à priori la seule bonne mesure qu’un gouvernement puisse prendre pour son pays et que cela rend de facto la politique budgétaire « indolore » ? Ne parlons même pas ici du traquenard tendu aux Régions qui devront, elles, prendre des mesures d’économies qui toucheront directement la population. C’est un joli coup, mais ce sont les mesures précédentes prises par le gouvernement qui auront leur impact (social négatif) sur le budget. L’ajustement ne fait que rhabiller les baisses de dépenses en soins de santé, en sécurité sociale grâce aux mesures prises à l’encontre des chômeurs et des malades chroniques. Grâce au dégraissement des administrations publiques, de la SNCB, de l’armée, de la Justice. Et affirmer qu’on va « renforcer » la Justice en payant ses dettes les plus urgentes, c’est… du vent.

Le plus sidérant finalement, c’est la rapidité avec laquelle on nous habitue à tolérer l’appauvrissement de l’État et du service public en général. Une Justice qui ne juge plus faute de magistrats et qui est de plus en plus inaccessible au commun des mortels, des gares qui tombent en ruine, des trains supprimés surtout s’ils roulent en Wallonie, une administration fiscale rendue incapable de détecter et de poursuivre les gros fraudeurs, les hôpitaux en faillite, la Poste qui distribue moins de courrier en plus de temps, la privatisation de certaines missions de l’armée comme le service de sauvetage en mer du Nord… On pourrait faire le même exercice pour tout ce qui relève de la compétence des Régions. L’enseignement, les routes. On s’habitue. On se dit que par rapport aux Grecs, c’est tout de même mieux ou « moins pire ». Que, oui, d’accord, pour combler le déficit de l’État, il faudrait imaginer une autre politique fiscale, mais le tax shift, c’est politiquement compliqué. On verra plus tard et de toute façon les vents ne sont pas favorables pour monter dans ce genre d’embarcation.

Dimanche, « Tout Autre Chose » manifestait. Lundi, c’étaient les syndicats. Les tracts se sont envolés. Les photos ont cessé de circuler sur Facebook. Dimanche, c’était aussi les élections départementales en France. Là on a vu à l’œuvre une autre manière de protester, une autre expression du désarroi des électeurs qui s’estiment trahis. On a senti un vent mauvais que l’on n’espère bien ne pas voir souffler vers le Nord.

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Méga projet commercial, grand complot, petitesses en tout genre

Faites le test : Parlez du scandale provoqué par l’affaire HSBC autour de vous (pas dans votre cercle étroit d’amis, mais en famille, dans les vestiaires du club sportif, chez les gens « normaux » quoi !) et vous verrez que le scandale n’est pas nécessairement là où vous le situez. Des grosses fortunes, des entreprises, des « élites » qui fraudent massivement, c’est presque dans l’ordre des choses. On est tellement taxé, ma bonne dame. Le vrai coupable, selon radio—trottoir ou les forums en ligne, c’est presque toujours les hommes politiques accusés de « gagner des millions » et de s’enrichir « scandaleusement » sur votre dos. Tout en étant bien sûr complices des fraudes fiscales en question.

Le rejet de la politique est un comportement « mode ». On peut les accuser de tout et de n’importe quoi, rares sont ceux qui prendront la défense des « politiciens », un mot qui est devenu une insulte. Tous pourris, tous corrompus, tous incompétents, tous rivés sur leurs dogmes idéologiques.

Alors si vous faites partie de ceux qui tentent de ramer à contre-courant et de défendre la classe politique, un conseil : évitez à tout prix de devoir évoquer UPlace, le méga projet commercial de Machelen qui devrait ouvrir ses portes dans trois ans. Il empeste le scandale politico-financier à plein nez. Les tenants de la théorie du complot auront de quoi remplir quelques écrans sur Facebook.

Je ne vais pas refaire ici l’historique de ce projet porté par une des plus grosses fortunes de Flandre, l’homme d’affaires Bart Verhaeghe, patron du FC de Bruges et jugé très « influent » au sein des trois partis qui composent la majorité au gouvernement flamand, le CD&V, l’Open VLD et surtout la N-VA. On rappellera juste que le Conseil d’Etat a annulé le permis d’urbanisme fin 2014 en raison des importants problèmes de mobilité que UPlace va entraîner dans la périphérie nord de Bruxelles. Mais la semaine dernière le gouvernement flamand l’a tout de même imposé.

On peut prendre ce dossier par n’importe quel bout, tenter de trouver une rationalité au comportement du gouvernement flamand, c’est impossible. Tous les experts, même ceux désignés par l’équipe de Geert Bourgeois, prédisent une augmentation insupportable du trafic sur le ring parce que 85% des futurs clients de UPlace s’y rendront en voiture, rien n’y fait. Pas plus que l’étude d’impact mettant en garde contre l’accroissement possible des cancers générés par la hausse des particules fines inhalés par les habitants de Vilvorde et de Machelen.

D’accord, me direz-vous mais il y a un intérêt économique à ce projet. Même pas. Les grandes enseignes qui colonisent tous les centres commerciaux ne sont pas demandeuses. UPlace ne les intéresse pas. Les recours contre ce projet se multiplient et ne sont pas tous le fait d’écologistes ou de commerçants bruxellois frustrés. En fait, il y a tellement d’opposition que l’on se demande qui soutient encore ce projet à part Bart Verhaeghe et- en principe- le gouvernement flamand. Oui mais, même dans les partis qui composent la majorité actuelle, on entend des voix divergentes. Dans l’opposition, on explique l’acharnement de certains ministres par le fait qu’ils ne veulent pas « plier », qu’ils ont été trop loin dans leur engagement tant vis-à-vis de l’opinion publique que du promoteur.

La mise en œuvre d’un mauvais projet serait-elle vraiment une question d’ego ? Peut-on vraiment imaginer qu’on est dans l’ordre de la vanité blessée ? On aimerait le penser. Ce serait presque rassurant. Après tout, les ministres flamands sont des êtres humains comme vous et moi. On peut à la limite les orienter vers un bon psychologue comportemental. Mais malheureusement, on pressent que ce n’est pas là le problème. L’histoire politique est remplie de volte-face. L’important est, comme pour les chats, de bien retomber sur ses pattes.

On pressent que l’explication est plus triviale. Les centres commerciaux n’ont plus d’utilité commerciale. Tous les analystes sont d’accord à ce sujet. Ils sont devenus un produit financier. L’abondance des liquidités sur le marché financier pousse les fonds de pension, les compagnies d’assurance à placer de l’argent dans ce type de projet immobilier. C’est une valeur refuge rentable. Le gouvernement flamand aide Bart Verhaeghe fera une belle plus-value lors de la vente de ce bien à des fonds d’investissement. On aimerait penser donc qu’il ne faut pas y voir malice. Qu’ils sont vraiment convaincus d’agir dans l’intérêt de la Flandre autant que dans celui de cet homme d’affaires. On aimerait…

C’est parfois difficile de ne pas être contaminé par les complotistes et les anti-politiques. Dites, Geert Bourgeois et les autres, si vous nous aidiez un peu ?

Marronniers télévisés ou châtaigne sur Facebook?

Récapitulons : nous avons déjà eu droit à la revente des cadeaux sur internet, juste après le reportage sur Noël en famille, la vente des sapins. Nous aurons bientôt les images des feux d’artifice tirés dans le monde entier (surtout à Londres), les types qui plongent dans le Tibre, ceux qui mouillent leurs pieds dans la mer du Nord affublés d’un bonnet de Noël et qui diront : « c’est froid mais ça fait du bien ». Cela prendra au moins les dix premières minutes du journal télévisé si pas davantage car les marronniers, dans la presse surtout audio-visuelle, c’est le plus inévitable des sujets bien avant toute actualité nationale ou internationale.

Un marronnier, c’est un peu la punition des journalistes. C’est le sujet qui revient chaque année comme les marrons en automne et les fleurs au printemps. Les départs en vacances début juillet, les soldes, la rentrée des classes et maman plus agitée que le bambin. Son usage remonte à la nuit des temps du journalisme. Depuis, semble-t-il que la presse s’est fait l’écho régulier de la floraison chaque année d’un marronnier rose sur la tombe des gardes suisses tombés lors de la prise des Tuileries le 10 août 1792.

Le marronnier, c’est irritant pour le journaliste comme pour une partie du public mais c’est comme ça, c’est dans l’ordre des choses. On doit les supporter au même titre que les publicités atroces qu’on nous inflige en cette période de fêtes. Résignés. Il faut juste attendre que ça passe.

Parce qu’au bout du compte, il y a pire que la télé, la radio ou les journaux en période de fêtes. Facebook a aussi ses vidéos, ses aphorismes gnangnan, ses vieilles infos que l’on a déjà vus mille fois et que nos « amis » diffusent et rediffusent et dont on se demande quand tout cela retournera un jour au néant informatique. Sauf que parfois, certains commentaires nous font sursauter, nous tirant brutalement du léger ennui que suscite parfois le balayage de l’écran. On annonce – par exemple- la mort de Léo Tindemans. Tindemans, je ne l’ai jamais croisé, pas même professionnellement. Son décès n’évoque chez moi aucune émotion particulière, juste des images de la Belgique ancienne. Mais d’autres sont apparemment plus émotifs que moi. Les réactions de certains facebookiens ont en effet été immédiates : « Un de moins ». « Une bonne nouvelle après la mort de l’autre », « A quand le suivant ? ». Qu’a donc fait Tindemans pour que sa mort suscite ainsi une telle réjouissance ? Rien. On lirait la même chose si on annonçait la mort de Reynders, de Di Rupo ou de Melchior Wathelet. C’était un homme politique, c’est tout. Et cela suffit pour déclencher la hargne. L’homme ou la femme politique, c’est le marronnier de Facebook, on leur envoie direct des châtaignes virtuelles. On like l’annonce du décès de l’un d’entre eux comme on like ceux qui postent des gentilles vidéos dégoulinantes de bons sentiments, noël oblige.

Finalement, s’il fallait choisir entre deux zappings, je garde mes marronniers télévisés. Ils me consternent un peu moins.

Histoire de fous

Qui a dit qu’aucun dialogue n’existait entre le gouvernement fédéral et les entités fédérées ? Le ministre de l’Emploi bruxellois Didier Gosuin négocie avec son homologue au fédéral, Kris Peeters, pour lui demander un moratoire sur les exclusions des chômeurs à Bruxelles. Pour rappel, quelque 17.000 personnes Belgique, plus de 5000 à Bruxelles, perdront leur allocation d’insertion au premier janvier prochain. Le gouvernement Di Rupo avait en effet décidé de limiter ce droit à 36 mois et l’échéance approche. Juste avant les élections, Di Rupo avait « adouci » (il faudrait pouvoir mettre des quadruples guillemets) la mesure en préservant les allocations des personnes souffrant de handicap et de troubles psychologiques graves. Il s’agit donc maintenant pour les Régions chargées de procéder à ce grand nettoyage de vérifier l’ « état mental » de ceux qui tentent de préserver leurs allocations.

L’état mental ? On ne vise pas ici l’état de colère ou d’angoisse dans lequel ces milliers de personnes doivent sans doute se trouver. Non, il faut pouvoir prouver qu’on ne va pas bien dans sa tête si on veut la garder hors de l’eau. Didier Gosuin craint que les fonctionnaires bruxellois ne perdent la leur en contrôlant l’état psychologique de milliers d’allocataires dans les trois semaines à venir. Argument massue pour obtenir un moratoire : dans les communes les plus pauvres de Bruxelles, et donc les plus peuplées de personnes d’origine étrangères, ces exclusions massives pourraient créer des « débordements ». Oups ! Des émeutes ! En plus des grèves et des manifestations ! Il faut évidemment s’attendre à tout dans ces quartiers n’est-ce pas ? Kris Peeters dit qu’il va « réfléchir ». C’est déjà pas mal comme effort. On peut penser que sa réflexion sera davantage influencée par cette menace que par l’examen des conséquences sociales désastreuses de cette mesure prise par le gouvernement Di Rupo. Et que la coalition au pouvoir va encore durcir. Le ministre bruxellois a plongé le nez dans les chiffres de l’Onem pour constater que 70% des bénéficiaires des allocations d’insertion ne sont pas des jeunes qui glandent depuis la fin de leurs études, ils ont le plus souvent la trentaine, ils sont en charge de famille et il s’agit surtout de femmes, mères de familles nombreuses, sans diplôme. Pas vraiment le cliché du jeune qui se la coule douce chez papa et maman.

Vous me direz que tout ceci n’est pas un scoop et vous aurez raison. Tout comme le fait que les travaux d’intérêt public pour les chômeurs sont impraticables ou que la dégressivité des allocations de chômage n’a pas d’effets sur la remise à l’emploi. Tout récemment une étude d’un centre universitaire anversois avait conclu à l’inefficacité totale de cette politique de dégressivité « compte tenu de l’état actuel du marché de l’emploi ». Les résultats de cette enquête sont passés inaperçus, relayés sous la forme d’une brève dans la plupart des médias et c’est « normal ». On le savait, on le sait. Ces mesures politiques n’ont nullement l’intention d’avoir une quelconque efficacité. Elles sont même contre-productives, cela aussi on le sait et ce n’est pas un problème pour ceux qui les ont conçues. Elles sont juste idéologiques. Leur impact est communicationnel, sans plus. Il s’agit, dans une logique populiste, de montrer qu’il y a des coupables à la crise économique et de les désigner de préférence parmi les plus faibles, les chômeurs, les étrangers et surtout les étrangers chômeurs.

Et ça marche. Vous avez entendu les manifestants protester contre les mesures prises à l’encontre des chômeurs le six novembre ? Interrogez les grévistes sur les raisons de leur colère, ils parleront du saut d’index et du recul de l’âge de la pension comme objectifs du combat social. Ecoutez les partis de l’opposition (ceux au pouvoir sous l’ère Di Rupo), ils s’offusqueront des attaques du gouvernement Michel contre la classe moyenne (version CDH) ou contre les travailleurs (version PS).

C’est vrai finalement. La seule excuse au fait d’être chômeur ou allocataire, c’est d’être un peu malade, un peu fou. Ce sont eux bien sûr qui le sont. Surtout pas notre système social et politique.

Théo Francken, d’ultra-droite? Quelle surprise!

Theo Francken doit-il démissionner parce qu’il a participé au nonantième anniversaire d’un ancien collabo, facho assumé ? La question est-elle vraiment celle-là ? La question n’est-elle pas  plutôt : comment a-t-on pu nommer un excité comme Francken   secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration ?

Que Théo Francken- comme bien d’autres personnalités N-VA- aient des sympathies à l’égard de l’extrême-droite flamande, y compris de sa frange nostalgique du troisième Reich, peut difficilement apparaître comme une réelle surprise. Mais soit. Imaginons que le MR et ses partenaires CD&V et Open VLD, ne l’ont pas soupçonné. Imaginons donc que Charles Michel soit sincère quand il affirme à la presse que Théo Francken lui a assuré de son « soutien total aux valeurs fondamentales ». Encore faut-il savoir de quelles valeurs on parle.

Car le nouveau secrétaire d’Etat n’a pas été choisi par hasard. D’abord, c’est un N-VA, le parti qui est avec le Vlaams Belang, le plus hostile aux étrangers. Un parti qualifié, avec raison selon nous, de raciste par le sénateur CDH Francis Delpérée. Ensuite au sein même de ce parti, Théo Francken a, en tant que député, toujours fait de l’immigration son cheval de bataille. On relève aujourd’hui, pour s’en indigner, son « post » de 2011 sur Facebook où il dit douter de la valeur ajouter de la diaspora marocaine. On s’étonne que 24 heures après sa prestation de serment, il ait promis de construire de nouveaux centres fermés pour y enfermer les « illégaux criminels » qui seraient un millier selon lui. Mais en quoi tout ceci est-ce surprenant ? Cela fait des années que Théo Francken fustige les « illégaux criminels ». Illégaux, étrangers, régularisés toujours « criminels », il a seriné cet adjectif comme un mantra dans toutes ses questions et interpellations parlementaires. Avec Sarah Smeyers, autre croisée N-VA, il monopolisait les séances de la Commission de l’Intérieur de la Chambre avec son feu nourri de questions aux responsables politiques chargés de l’asile (Wathelet, Maggie De Block…) pour dénoncer le laxisme de l’ Etat belge.

Théo Francken est obsédé par l’enfermement des étrangers. C’est lui qui a suggéré de louer des places dans les centres fermés néerlandais pour expulser plus vite les « illégaux criminels » (on l’aura compris, c’est un tautologie pour lui). Dans son livre « Belgïe, land zonder grens », écrit avec Sarah Smeyers, il décrit l’immigration comme une invasion et l’asile comme une fraude en soi. Faut-il rappeler qu’il a été le fer de lance de la loi qui a restreint considérablement le regroupement familial ?

Théo Francken est un spécialiste des chiffres et de la manipulation des chiffres. Comme député, il tenait une véritable comptabilité du nombre de sans-papiers arrêtés, par jour, par endroit, du nombre de condamnés étrangers, d’expulsions. En les arrondissant par le haut ou le bas selon les circonstances. Dans son livre, il écrit que l’immigration en Belgique est quatre fois plus élevée que la moyenne européenne. Et il est vrai que le ratio est de huit contre deux de moyenne pour l’ensemble des pays européens. Au Luxembourg, ce ratio est de 15,9. L’explication ? Francken considère comme immigrés les citoyens européens. Et en Belgique, les Français et les Néerlandais sont, de loin, la catégorie d’étrangers la plus importante dans notre pays. Mais ce n’est sans doute pas cela qu’aura compris le lecteur de Théo Francken.

Cette invraisemblable énergie dépensée à combattre l’immigration comme un fléau, cette mauvaise foi, ces mensonges, tous les députés n’ont pu que les constater quand le secrétaire d’Etat était des leurs. Le MR aussi. Charles Michel a donc accepté le casting de la N-VA en pleine connaissance de cause. Et cela, c’est un choix politique. Autant que d’aller à l’anniversaire d’un collabo quand on vient d’être nommé par le Roi. Des choix assumés, autant savoir.

Attention, chute de droits. Mettez votre casque

On retient son souffle. Partout, cela discute budget, économies, austérité. Dans les jours qui viennent on sera fixé sur les mesures qui seront prises tant du côté wallon que fédéral. L’exercice est déjà terminé côté flamand et il est désastreux pour la population : culture, allocations familiales, mobilité, accueil des enfants, tout y passe. Les Flamands doivent sans doute se réjouir que la sécurité sociale n’a pas encore été régionalisée.

Notez, c’est dans l’air du temps. Un bon gouvernement, c’est celui qui « prend ses responsabilités », qui ne craint pas d’imposer des « sacrifices », un gouvernement dont la seule ligne politique consiste à présenter un budget en équilibre. Et chacun d’opiner de la tête d’un air grave. Les temps sont durs, madame, l’Etat providence, c’est du passé. Chacun doit faire des efforts, les chômeurs surtout.

Le bruit des droits qui craquent, c’est un vacarme que nous avons évoqué souvent dans ce blog. Ce vendredi et le week-end prochain, au centre culturel Jacques Franck, la Ligue des Droits de l’Homme se penche sur l’accès aux droits économiques, sociaux et culturels. Avec cette question pour fil rouge : ces droits ont-ils encore un avenir au moment où la légitimité de leur accès est de plus en plus remise en question ? La remise en cause est insidieuse car parfois, on hésite, on s’interroge. Quand des experts estiment qu’il faudrait un âge d’accès à la pension légale différencié pour le cadre ou l’ouvrier parce que la pénibilité de leur travail n’est pas la même, on ne pousse pas spontanément un cri d’horreur. Quand on évoque un montant d’allocations familiales lié aux revenus de la famille, on s’excite un peu mais pas trop. On peut passer alors à d’autres étapes : a-t-on droit au remboursement de tous les soins de santé si on a mené une vie contraire aux dogmes de la bonne santé, en fumant comme un sapeur, en s’assourdissant à Tomorrowland, en mangeant trop de frites sans aller au club de fitness ?

Le doute est installé ? C’est normal. Il est aussi dans l’air du temps. De plus en plus, l’accès aux droits sociaux est lié au respect de certaines conditions. Les allocations de chômage sont quasi perçues comme une faveur, voire un acte de charité, de l’Etat mais qui ne devrait plus rester sans contrepartie. L’idée d’une sécurité sociale accessible à tous de manière égale s’érode de plus en plus vite. Nous avons bien intégré qu’elle coûte cher, que son financement par les seuls contribuables n’est pas tenable à long terme. Bref qu’un « gouvernement responsable » doit « prendre les mesures qui s’imposent », comme on dit en bonne langue de bois.

Les mesures qui s’imposent ? Il y en a d’autres mais curieusement, elles n’arrivent pas ou si difficilement à faire l’objet d’un consensus gouvernemental. Prenez le cas de l’individualisation des droits sociaux, de la fin de ce statut de cohabitant qui pénalise surtout les femmes et met à mal toutes les expériences nouvelles en matière de colocation, d’habitat groupé susceptibles de favoriser la solidarité entre les gens et de lutter contre la pauvreté. J’entends parler de cette histoire depuis l’enfance (enfin presque). J’ai lu cette revendication dans des centaines de memorandums. Elle apparaît dans tous les débats sur la pauvreté depuis plus de trente ans et chaque fois, on voit des politiques de tous bords hocher la tête en disant que oui, cette individualisation serait une solution mais difficile à mette en œuvre.

Et pour rentrer des sous dans les caisses de l’Etat, on parle tout aussi régulièrement de revoir le taux d’imposition des plus fortunés, de mieux lutter contre la fraude fiscale mais là aussi, c’est toujours très compliqué. Alors cela reste un mantra qu’on serine dans les débats télévisés. Non, non, la fraude fiscale, ce n’est pas bien. Oui, oui, on va se donner les moyens de la combattre.

Une bonne nouvelle pour terminer et vous donner du punch pour aller aux journées de réflexion de la Ligue ? La levée du secret bancaire est presque réalisée. Les banques vont enfin alimenter le registre des comptes bancaires qui permettra à l’administration fiscale de lever le secret bancaire en cas de soupçon de fraude fiscale. Il aura fallu attendre sept ans pour mettre en place ce registre. La réforme des pensions, du chômage, vous verrez, ça ira plus vite.

Et si on déradicalisait les kamikazes?

Antiradicalisme. Déradicalisation. Word n’accepte pas ces mots et les souligne de rouge ? Le programme devra s’y faire. Ce sont des mots tendance dans le monde politique. La ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet avait été la première à les tester en juin en proposant d’interdire les groupes radicaux. La coalition kamikaze (qu’on n’a pas envie d’appeler suédoise, par respect pour les vrais Suédois) va plus loin encore en proposant, avant même d’avoir un accord sur le budget ou sur le nom du premier ministre, un « plan global de lutte contre le radicalisme ». On n’interdirait plus seulement les groupes en question mais aussi toute forme d’engagement auprès de ceux-ci.

C’est quoi un groupe radical ? On ne sait pas trop mais à entendre Denis Ducarme (MR) et Théo Francken (N-VA) qui défendent cet accord devant la presse, ce sont « en tout cas des groupes comme Al-Quaïda et l’Etat Islamique ». Pas « Debout les Belges », pas « Nation » ni la « Nationalistische Studenten Vereniging (NSV) ? Non, un vrai groupe radical opère à l’étranger « par exemple, au Moyen-Orient », expliquent nos deux compères. Pas dans la périphérie ni dans les quartiers peuplés d’étrangers.

Al Quaïda donc. Et qui d’autre encore ? On en discutera au Parlement. Sur quels critères ? « On verra », dit Denis Ducarme au journal « Le Soir ». « Nous nous référerons aux listes retenues par les autorités européennes ». Oui mais…il n’y a pas de liste de groupes radicaux définie par le Conseil européen. Il y a une liste de groupes terroristes rassemblant des mouvements islamistes mais aussi des partis d’extrême-gauche et nationalistes. Des prédicateurs comme l’Anversois Hicham Chaib ou le Français Chaquir Maaroufi qui recrutent, via Facebook notamment, des jeunes Belges ou Français sont-ils des groupes radicaux à eux tout seuls ? On repose la question. C’est quoi un groupe radical ? C’est quoi un engagement ? Partir combattre ? Cliquer « j’aime » sur la page Facebook de ces allumés ?

Ces prédicateurs et les combattants belges qui participeraient à un « conflit extérieur » seront lourdement sanctionnés. Mais pas question de se contenter de les emprisonner. Non, la « kamikaze » veut leur construire des prisons spéciales, des petits Guantanamo belges qui s’ajouteront au master plan prison. L’idée étant de les isoler complètement des autres détenus pour éviter toute contamination des révoltes. Cela va coûter cher ? On fera des économies sur les pensions ou les allocations de chômage.

D’ailleurs, il est question de supprimer les allocations sociales de ces jeunes et de leur famille coupable sans doute d’en avoir fait de si mauvais citoyens. Ou alors, formule plus radicale, de leur interdire le séjour en Belgique. Même s’ils sont Belges ? On ne sait pas trop comment ils vont s’y prendre mais soit, les partenaires de la future coalition semblent ne pas manquer d’idées en la matière. Certaines d’entre elles avaient déjà été avancées par les libéraux lors de la discussion de l’accord gouvernemental précédent. Cette fois, avec la N-VA comme convive, on ne remet pas seulement le couvert, on balance aussi la grosse louche de propositions…radicales.

La plus indigeste, on vous la réserve pour la fin. La déradicalisation. Les Communautés et les Régions sont invitées à subsidier des services qui useraient de « moyens psychologiques » pour expliquer aux déviants qui sont tombés dans le radicalisme ce qu’est « la vraie religion ». Une activité à mettre en place au « Ministère de la Vérité » avec l’aide de la « police de la Pensée » ? Non, c’est du délire. Sûrement. On n’imagine pas un moment l’Etat (ou les entités fédérées) mettre en place un dispositif qui aurait pour conséquence de voir les libertés individuelles et la liberté de penser en particulier s’écraser au plancher plus sûrement encore que les « kamikazes ». C’est juste pour faire peur. Non ?

Travaux forcés et intérêts particuliers

Cela sent encore un peu les vacances. Les premières ébauches de l’accord gouvernemental ne suscitent guère encore de réactions. On hésite à se plonger dans une rentrée qui laisse entrevoir déjà un hiver social rude, un hiver suédois qui sera rigoureux pour les plus fragiles dans notre société.
Le gouvernement n’est pas encore formé mais il fait déjà frissonner, comme un vent mauvais. Voici les premières feuilles sur les travaux d’intérêt général pour les chômeurs de longue durée C’est présenté comme une « piste » parmi d’autres suive par les négociateurs et personne ne semble rechigner à la parcourir. Normal: l’idée de conditionner l’octroi des allocations de chômage à la prestation d’un travail obligatoire pour la communauté a toujours été défendue par la N-VA et par les libéraux tant francophones que flamands. Vous vous souvenez de cette extraordinaire affiche de Rik Daems (Open VLD) en 2006 ? On le voyait poser, assis comme la petite sirène, devant sa très luxueuse villa. Avec ce slogan « Non au profiteurs sociaux. Les allocataires peuvent tout de même faire un travail d’intérêt général ». En tondant la belle pelouse de Rik Daems par exemple.
Aujourd’hui, l’idée revient et semble faire le consensus chez les négociateurs. Seul le CD&V n’est pas très enthousiaste, pas pour des raisons idéologiques mais pratiques : ce sera difficile à organiser. Il est vrai que pour des partis qui ont pour projet de dégraisser au maximum la fonction publique et l’état fédéral, il est piquant de constater que ceux-ci ne se soucient guère du coût très élevé, intenable même, que cela représenterait pour l’Etat. Pour des résultats nuls, comme le montrent toutes les études déjà réalisées à l’étranger. En Grande-Bretagne où le système a été lancé en 2011 et étendu encore en 2013, seul un chômeur sur dix qui a participé à un travail obligatoire pour la communauté a trouvé un vrai travail. A Rotterdam, où un projet de ce type a été lancé en 2010, une enquête a montré que 6% seulement des participants ont trouvé un emploi, le même pourcentage que dans le groupe de contrôle, celui qui n’a pas participé aux « tegenprestaties ».
Mais on s’en doute, permettre à des chômeurs de retrouver le chemin de l’emploi, n’est pas le véritable objectif du travail d’intérêt général, utilisé jusqu’ici comme sanction alternative pour les délinquants. Car il s’agit bien de « punir », de stigmatiser toute une catégorie de population tout en flattant une partie de l’électorat, celle qui n’a pas encore été confrontée au drame de la perte d’un emploi et qui est donc convaincue que l’on est chômeur parce qu’on le veut bien. C’est une mesure purement politicienne et contraire au droit international. L’adopter serait contrevenir à la convention n° 29 de l’OIT sur l’interdiction du travail forcé. Ce serait contraire au droit à la sécurité sociale inscrit dans notre Constitution. Mais soit, certains diront que ces objections sont de la « résistance au changement », typiques du régime socialo-communiste qui a prévalu dans notre pays jusqu’ici.
Et d’ailleurs il faut voir le bon côté des choses. Tant chez la N-VA que chez les libéraux, on évoque l’opportunité extraordinaire que représenterait l’apport de ces chômeurs pour des communes soumises à des restrictions budgétaires. Ben tiens ! Un ouvrier gratuit pour entretenir les espaces verts, cela ne se refuse pas. C’ est quoi l’étape suivante ? Licencier le personnel communal ou fédéral pour utiliser des chômeurs (en reprenant les mêmes) ? Si on veut réduire le budget de l’Etat, y a de l’idée finalement…
Mais non, vous allez voir. On a sans doute  tort de s’énerver. Si l’opposition est trop forte, s’il s’avère que c’est finalement un peu compliqué à mettre en route, nos négociateurs/ futurs ministres suédois feront un geste de conciliation et de bonne volonté. Ils se limiteront à décider une nouvelle mesure de dégressivité des allocations de chômage. Et on finira par dire que ce n’est finalement pas si grave.

Les gros sabots de la Banque nationale

La Banque nationale de Belgique recommande donc dans une étude publiée sur son site de réduire les allocations de chômage et les pensions en Belgique.

Les auteurs de cette étude sont certainement plus compétents que moi dans l’analyse des finances publiques. Je ne suis ni économiste ni fiscaliste mais je m’interroge.

Il paraît donc que les pensions belges sont parmi les plus élevées d’Europe. Je ne suis pas spécialiste mais j’ai lu l’inverse. Le rapport européen Pension Adequacy rédigé par des personnes qui ne sont pas spécialement d’affreux gauchistes plaçait les pensions belges parmi les plus basses d’Europe. C’était fin 2012. En augmentant de 2% les pensions les plus basses en 2013, le gouvernement Di Rupo nous aurait donc fait caracoler en tête des Etats européens les plus généreux. Vous auriez imaginé cela ? Non ? Mais vous n’êtes sans doute pas des spécialistes comme à la Banque Nationale. Moi, j’avais aussi lu sur le site du SPF Intégration sociale qui, chaque année mesure le taux de pauvreté en Belgique, que près de 20% des plus de 65 ans avaient une pension inférieure ou égale au seuil de pauvreté en Belgique. Mais bon, cela n’a peut-être rien à voir. Je ne suis pas statisticienne.

J’ai lu également que si la Banque centrale européenne vient de porter son taux de dépôt à un niveau négatif, c’est pour encourager les banques à prêter de l’argent aux ménages et pour ainsi relancer la croissance. Je ne suis pas spécialiste mais je ne pense pas qu’en diminuant les allocations de chômage et les pensions, on va encourager les gens à dépenser ni inciter les banques à prêter quoi que ce soit à des pensionnés ou des chômeurs qui arrivent à peine à payer leur loyer. Mais peut-être que je ne comprends rien à l’économie.

Les auteurs de l’étude estiment qu’en diminuant les pensions, on va inciter les gens à travailler plus longtemps, au-delà de 65 ans donc. Je ne suis pas spécialiste du marché de l’emploi mais je sais que tout au long de l’année 2013, les faillites avec leur cortège de prépensions plus ou moins obligées se sont succédé. Qu’à Bruxelles, le taux de chômage des plus de 50 ans a doublé en dix ans, passant de 10 à 20%. Que selon le Forem, les demandeurs d’emploi à partir de 50 ans ont une chance sur trois de retrouver du travail. Moins d’une chance sur quatre, s’ils ont plus de 55 ans. Et qu’enfin les 55-64 ans ont représenté en 2012 à peine 2% du nombre de recrutements dans le secteur privé. Mais si la BNB le dit, c’est sûr : rester au travail au-delà de 65 ans, c’est à la portée de tous.

Je ne suis pas politologue mais je m’interroge aussi sur le calendrier de cette étude. Qui survient au moment où l’on tente de former un gouvernement fédéral. Où un parti, la N-VA qui veut justement réformer notre système d’allocations de chômage, est aux manettes. La principale mesure que le prochain gouvernement devrait prendre, c’est de réduire les dépenses publiques et notamment les dépenses de pensions, estiment nos spécialistes de la Banque Nationale. Moi, je sais en tout cas que ces gens-là n’ont pas été élus par la population. Qu’il ne leur appartient donc pas de dicter le contenu d’un accord gouvernemental. Mais c’est juste l’opinion d’une citoyenne.

Europe, le vote et la faute

Pendant de très longs mois, le navetteur qui fréquente la gare du Luxembourg à Bruxelles a eu le loisir de lire des « pubs » pour les institutions européennes. Le slogan était « C’est la faute à l’Europe ? Trop facile ». Un de ces placards m’avait laissée perplexe : « La pauvreté ? C’est la faute à l’Europe ? » Sans doute, les concepteurs de cette campagne n’imaginaient pas d’autre réponse que « non, bien sûr ».

C’est encore la question que va poser la Ligue des Droits de l’Homme le 17 mai prochain lors d’un débat consacré aux politiques européennes en matière d’austérité et l’impact social qu’elles ont eu et ont toujours sur la vie de millions d’Européens. L’Institut des syndicats européens estime dans une étude récente à dix millions le nombre d’emplois à temps plein perdus par les mesures d’austérité. Alors, la faute à l’Europe ? On a vraiment envie de répondre : « oui, bien sûr ». On dira que je manque de nuances. Que les choses sont plus compliquées. Qu’il faut faire la part des choses entre l’action du Parlement européen, de la Commission et des décisions prises par les Conseils des ministres européens. Bref, il n’est pas très politiquement correct d’afficher un tel scepticisme. On entre d’office dans la case des « eurosceptiques » voire des populistes ou pire encore.

Mais tout de même. Pourquoi les institutions européennes s’ingénient-elle à produire des projets qui ne peuvent que provoquer une levée de boucliers ? Rappelez-vous la directive Bolkenstein sur la libéralisation des services. La mobilisation qu’il a fallu mettre en œuvre pour tenter de l’amender. Aujourd’hui et demain, ce sont les négociations ultra secrètes et peu démocratiques sur le partenariat transatlantique qui font frémir. Comme le résumait l’économiste Gaël Giraud dans Le Soir du cinq mai, si ce machin est voté, voter ne servira plus rien. Son volet sur « la protection des investisseurs étrangers » aurait pour effet de ruiner toutes nos lois sociales, sanitaires, environnementales. Une loi sur le salaire minimum ? A la casse face à un tribunal statuant uniquement sur base du droit commercial international. Les systèmes nationaux de remboursement des soins de santé ? A la trappe si les entreprises d’assurance privées décident de poursuivre les gouvernements de l’Union. La santé, le social et l’environnement deviendraient des marchandises soumises aux règles de la concurrence. Voter pour constituer un gouvernement fédéral ou régional qui n’aurait quasi plus aucune compétence sur ces matières, cela a encore du sens ?

Cette possible mise sous tutelle de la démocratie est un des enjeux de ces élections européennes ; En fait, on doit faire le pari que le futur Parlement ne votera pas ce partenariat si les négociations entre la Commission et les Etats-Unis devaient aboutir. Il faut à tout prix essayer de croire, que non, bien sûr, le futur Parlement ne basculera pas encore davantage à droite qu’il ne l’est aujourd’hui (mais, personnellement, même en faisant un gros effort de « pensée positive » à la manière bouddhiste , je n’y arrive pas). Que, oui bien sûr, les prochains députés se tiendront à l’écart des lobbies comme le Transatlantic Policy Network qui rassemble les multinationales les plus performantes dans leur secteur d’activités.

Au fond, c’est ça le problème. Quand on parle de l’Europe, du Parlement, de la Commission, on rentre instinctivement les épaules. On se demande ce qui va nous tomber dessus. Combien de manifs il va falloir encore faire. On nous dira que le Parlement, ce sont aussi des directives positives pour la vie quotidienne comme celles sur le prix à la baisse des communications GSM ou de la dimension des cages à poules. Les poules européennes vivent mieux, c’est indéniable. Les Grecs par contre…